Publié par : Khun Didi | 10 juillet 2011

De l’importance de la chemise en Thaïlande !

Dans le précédent billet où je relatais le goût prononcé des thaïlandais pour l’uniforme, j’ai évoqué l’importance de la couleur de la chemise dans ce pays et prévenu les futurs visiteurs de réfléchir avant de porter une chemise jaune ou rouge. En effet, ces couleurs ont une signification précise et révélatrice. Ces dernières années, l’actualité thaïlandaise a souvent été dominée par des manifestations tantôt des chemises jaunes, tantôt des chemises rouges. Petit retour historique très simplifié !

 En 2001, un certain Thaksin Shinawatra, magnat des Télécommunications, devient premier ministre suite à la victoire de son parti aux élections. Très populaire parmi les classes rurales et laborieuses en faveur desquelles il prendra des mesures sociales concrètes, il est honni par les élites et les fonctionnaires qui ne voient en lui qu’un activiste doublé d’un démagogue qui s’est enrichi de manière douteuse. En 2006, Thaksin sort à nouveau vainqueur des élections. Cette fois, c’en est trop pour l’opposition. Profitant d’un voyage de ce dernier aux Nations Unies à New York, l’armée l’évince et prend le pouvoir. Le parti de Thaksin est déclaré hors-la-loi .

 

Thaksin Shinawatra (Photo Bangkok Post)

En décembre 2007, un nouveau parti populaire favorable aux idées de Thaksin, alors exilé, gagne les élections. Le nouveau premier ministre, considéré par l’opposition comme un homme de paille de l’ex premier ministre en exil, est de plus en plus contesté. En octobre 2008, Thaksin est condamné à 2 années d’emprisonnement pour corruption et malversations. Les anti-Thaksin font monter la pression sur les autorités et multiplient les manifestations au cours desquelles ils arborent une chemise jaune en signe de ralliement.

 Le choix de cette couleur n’est ni neutre ni anecdotique. A l’origine, le jaune est le symbole de l’allégeance au roi et il était d’usage de porter une chemise jaune le lundi quel que soit le bord politique. En choisissant le jaune, les anti-Thaksin, d’une façon à la fois habile et insidieuse, se sont appropriés la couleur du roi, vénéré par tous les thaïlandais. Le point culminant des manifestations des jaunes sera l’occupation des aéroports de Bangkok en novembre 2008 paralysant le trafic aérien pendant une dizaine de jours. Leur protestation va s’avérer payante car le pays ne peut économiquement se permettre plus longtemps ce blocage. En décembre 2008, suite à une décision de « justice », le parti du Peuple est dissous et le parlement thaïlandais élit le jeune leader du parti démocrate formé à Oxford, Abhisit Vejjajiva, premier ministre. Election ratifiée par le roi. Les jaunes exultent !

 

Photo Pattaya Times

En réponse à ce coup de force, les masses populaires manifestent à leur tour leur mécontentement contre ce qu’elles appellent un coup d’état judiciaire et réclament des élections libres. Elles arborent des chemises rouges. En avril 2010, des dizaines de milliers de rouges, soutenus politiquement et financièrement par Thaksin en exil à Dubaï, convergent vers Bangkok et occupent le quartier des affaires. L’état d’urgence est décrété. L’armée donnera finalement l’assaut et le centre de Bangkok sera rendu aux affaires mi-mai. Bilan, 90 morts !

 

Photos Stickman

Les rouges ne se résignent pas pour autant et finalement Abhisit annoncera des élections anticipées qui eurent lieu il y a une semaine le 3 juillet 2011. Le parti « Pour les thaïs », dirigé par Yingluck Shinawatra, la petite sœur de Thaksin parachutée 2 mois auparavant et sans aucune expérience politique, a largement triomphé. Elle devient ainsi la première femme premier ministre de Thaïlande. Abhisit, qui avait poutant harangué les foules : « Cette élection est notre meilleure opportunité de nous débarrasser de la toxine Thaksin » aura donc perdu son pari et a depuis démissionné de son poste de chef du parti démocrate.

 

Yingluck Shinawatra (Photo Bangkok Post)

Alors, quel sera le prochain épisode ? Même si à l’issue de ces élections, tous les acteurs ont appelé à l’unité et à la réconciliation, le doute est permis et l’avenir très incertain. Les rouges ont certes gagné. Mais que vont-ils faire de cette victoire ? Comment les jaunes vont-ils réagir ? Thaksin va-t-il rentrer au pays et exacerber leur rancoeur? La fille sera-t-elle un pion téléguidé par le père ? L’armée va-t-elle accepter le verdict des urnes ? Bien malin ou téméraire celui qui peut aujourd’hui répondre à ces questions. Ce qui est sûr, c’est que les prochains mois seront décisifs et seront un test important pour cette fragile démocratie. Pour l’instant, la situation est calme. Pourvu que ça dure ! Ce que souhaite une majorité de thaïlandais puisque d’après un sondage récent de « The Asian Foundation », 76% d’entre eux ne se reconnaissent ni dans les jaunes ni dans les rouges.

 Khun Didi

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Responses

  1. « qui eurent lieu il y a une semaine le 3 juillet 2011 » CàD en 2012 ?

    L’actualité nous a relaté les hauts faits de ces affrontements, ensuite plus rien ! Heureusement que tu es là pour nous en dire plus pour nous faire part du dénouement….provisoire de ce conflit ?
    Un grand merci.
    Sandry

  2. I’m sorry !
    Je suis déjà en 2012 mais je dois être le seul.

    • Rien de grave, Sandry! Tu es simplement en avance sur ton époque. 🙂 Merci pour tes commentaires et à tout bientôt! Didier


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