Publié par : Khun Didi | 20 décembre 2011

3 millions de birmans* en Thaïlande

La Thaïlande est le pays voisin de la Birmanie (ou Myanmar) qui, pour des raisons à la fois politiques, économiques et humaines, représente la principale terre d’accueil pour les birmans fuyant le sous-développement de leur pays et la répression de la junte militaire. La persécution des ethnies Karen et Shan et la destruction systématique de leurs villages ont contraint de nombreux habitants à franchir la frontière pour y trouver refuge. On estime actuellement leur nombre à 3 millions dont plus de la moitié sont dans une situation irrégulière. Sans papiers, ils sont démunis et exposés à tous les abus.

 

Des birmans vendent des cigarettes de contrebande près du poste-frontière de Mae Sot

La Thaïlande a tenté tant bien que mal de faire face à cet afflux de réfugiés. La position des autorités a cependant toujours été à la fois ambiguë et versatile, partagées qu’elle étaient et le sont encore aujourd’hui entre le souci de rester en bons termes avec un partenaire commercial important et la reconnaissance de travailleurs devenus essentiels au développement économique du pays.

 Longue de 1800 kilomètres, la frontière birmano-thaïlandaise est perméable. Autour de la ville de Mae Sot, principal point d’entrée, plusieurs camps, existant pour certains depuis plus de 20 ans, regroupent quelque 150.000 réfugiés. Ils n’ont pas le droit de travailler et vivent de façon précaire dans ces camps composés de petites huttes rudimentaires agglutinées à flanc de colline et qui se transforment en véritables bourbiers lorsque arrive la saison des pluies. Les plus faibles et les plus vulnérables y vivent là depuis des années, totalement assistés et dépendant des ONG internationales. Les plus forts et les plus motivés y transitent pour ensuite aller tenter leur chance dans l’intérieur du pays. 

 Plus de 40.000 personnes s’entassent sur les collines de Mae La, le principal camp de réfugiés

Ils se regroupent souvent en petites communautés pour s’entraider et se sentir moins seuls. Leurs points de chute sont rapidement connus des employeurs potentiels qui viennent les embaucher pour une journée, quelques jours, une semaine, parfois de façon stable pour les plus chanceux. Le matin, on  assiste ainsi à la périphérie des villes à un véritable défilé de pick-ups qui « chargent » des clandestins birmans vers leurs lieux de travail respectifs dans le bâtiment, l’hôtellerie, les usines ou les plantations. Non déclarés, exploités, ils sont sous-payés au regard des salaires locaux, entre 2 et 3 euros par jour selon l’endroit et les qualifications. Dans une société thaïlandaise très hiérarchisée, ils sont au bas de l’échelle et, de ce fait, très peu considérés bien qu’étant plutôt appréciés dans leur travail. 

De l’ attente d’un travail hypothétique…

… à la réfection des canalisations 

On les retrouve aussi souvent vendant des contrefaçons de grandes marques internationales dans des petits stands ambulants sur les marchés de nuit fréquentés par les touristes occidentaux. Job très risqué pour des gens illégaux vendant des produits illégaux. Business beaucoup moins risqué, en revanche, et nettement plus lucratif pour leurs patrons thaïlandais, la plupart d’origine chinoise, qui se bornent à leur livrer la marchandise et à encaisser les bénéfices. Parfois, sous la pression des grandes marques, les autorités thaïlandaises dépêchent la police qui rafle régulièrement les malheureux birmans. Au choix, prison, renvoi à la frontière ou le retour aux affaires moyennant un bakchich « négocié » avec les policiers. Quant aux patrons, ils achètent leur tranquillité à l’année et à un plus haut niveau. 

Pat Pong, à Bangkok, un des hauts lieux du commerce de contrefaçons

Lors des récentes gigantesques inondations, les importantes zones industrielles du nord de Bangkok ont été submergées par les eaux. Subitement abandonnés et se retrouvant à la rue, de nombreux ouvriers birmans ont choisi de retourner chez eux. Les militaires ayant quelque peu desserré l’étau, ils espèrent peut-être de meilleures conditions de vie de retour au pays. 200.000 immigrés seraient ainsi retournés en Birmanie. Ironie du sort, ce sont maintenant les autorités thaïlandaises qui affrètent des vols spéciaux pour les encourager à réintégrer leurs usines en promettant même de légaliser ceux qui accepteraient de revenir. La raison ? Peut-être les réticences des grands investisseurs étrangers, notamment japonais, qui, suite aux inondations, hésitent à poursuivre le développement de leur business en Thaïlande. Ils attendent des signaux positifs !

Khun Didi

* Le qualificatif « birmans » n’est pas utilisé dans son sens ethnique. Il signifie ici « originaires de la Birmanie ».

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Responses

  1. Salut Didi…
    De retour depuis peu de Birmanie, ou Myanmar, dénomination actuelle du pays, je peux confirmer l’envie des birmans de passer outre leur frontière pour rejoindre la Thailande afin d’y trouver un emploi et une situation stable. Dans les grands centres, où affluent les touristes, comme Yangon, Mandalay, Bagan ou Ngapali… cette situation est moindre… car le tourisme se développe et offre du travail.
    D’autre part la situation politique se détend peu à peu et vraisemblablement la « Lady » pourrait devenir premier ministre… Depuis quelques temps, elle a été libérée de sa « villa- prison » pour devenir le leader autorisé du parti d’opposition. Ce qui veut dire que des élections seraient prévues prochainement et que la junte dessert son étreinte…. A suivre donc…
    Mais cela se traduit, aujourd’hui, par un immense espoir de liberté du peuple birman qui, de ce fait, n’aurait plus besoin d’aller mendier un travail sous-payé en Thailande.

    Le Myanmar est d’une richesse incroyable: pétrole, gaz, tek, mines de cuivre, d’or, d’argent… mines de pierres précieuses et semi-précieuses et j’en passe…. Et toute cette fortune s’accumule dans les poches ( via les banques de Singapour, Hongkong, etc..) de cette junte pourrie qui affame son peuple… Ce ne serait que justice de rendre aux peuples birmans (plusieurs ethnies) ce qui leur appartient…Mais tout cela ne sera pas si simple: L’Europe et les USA ont conjointement établit un blocus pour faire pression sur le régime autoritaire… Ce qui fait sourire, car la junte a toujours pu continuer à faire du business avec les pays frontaliers… Et qui donc s’en est également mis plein les fouilles? Ce sont les chinois qui se frottent les mains d’une telle aubaine et qui colonisent déjà le pays…
    Il y aura du travail pour l’éventuel nouveau gouvernement – si tant est qu’il y en ait un une fois – car éloigner du pouvoir la junte militaire en place qui profite, abuse et suce l’économie du pays et, en plus, reprendre la main mise aux chinois… Ce ne sera pas une sinécure!
    C’était un modeste point de vue de ton ami Geo… qui reste un inconditionnel de cette partie du monde qui sait toujours nous accueillir avec le plus beau des sourires….

    • Un grand merci, Georges, pour cet éclairage pertinent sur l’état actuel du Myanmar et son évolution vers, on l’espère, plus de démocratie. C’est tout ce qu’on leur souhaite. Mais, comme tu le dis fort justement, le changement ne va pas s’opérer du jour au lendemain et il va y avoir des résistances. Bien que sous-développé, le pays recèle des richesses importantes et les chinois qui en profitent largement ont tout intérêt à ce que les choses restent en l’état. Alors, comme tu dis, à suivre…


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