Publié par : Khun Didi | 3 janvier 2012

Que reste-t-il de la francophonie ?

Ayant récemment voyagé au Vietnam, au Laos et au Cambodge qui furent naguère des colonies françaises, je me réjouissais à l’idée d’entendre parler un peu de français ici ou là. Le résultat ? Rien. Ou presque ! Hormis un guide francophone au Vietnam et un vieil homme éminemment sympathique croisé à Luang Prabang, je n’ai rencontré aucun autochtone parlant notre langue. Certes l’anglais, devenu depuis belle lurette la langue internationale, a supplanté le français mais je m’attendais quand même, naïvement peut-être, à entendre un peu de notre belle langue dans ces pays. Mais alors, que font les défenseurs de la francophonie ?

 Je m’en suis donc allé visiter, au hasard, le site de l’ambassade de France dans notre chère Thaïlande. Et j’y ai lu ceci :

« La coopération linguistique est l’un des domaines clés de notre action en Thaïlande. Le service de coopération pour le français est chargé de soutenir les 500 professeurs de français langue étrangère qui enseignent le français à l’école et à l’université à près de 50.000 élèves et étudiants de tous niveaux dans tout le pays. »

 Impressionné par ces chiffres, j’ai un peu fouillé et me suis aperçu que ce même site en affichait d’autres il y a encore 2 ans, disparus depuis :

 « Le public thaïlandais peut apprendre le français dans des établissements dûment reconnus :

  • 270 lycées publics
  • 24 écoles privées
  • 32 universités
  • 7 instituts Rajabhat
  • 4 alliances françaises
  • et de nombreuses écoles internationales »

L’ambassade de France à Bangkok (Photo alainudon.over-blog.com)

On comprend que ces chiffres, si tant est qu’ils aient été réels un jour, aient disparu du site tant le déclin de la langue française est inexorable. J’en veux pour preuves quelques exemples récents vécus à Chiang Maï qui est quand même la deuxième ville de Thaïlande. Un couple de français en provenance des Philippines a « galéré » pendant des semaines avant de trouver une école où leurs filles pourraient apprendre le français. Las, peine perdue, ils viennent d’apprendre que les cours de français seront remplacés dès la prochaine rentrée scolaire par des cours de … chinois. Et c’est reparti pour un nouveau parcours du combattant ! A propos de chinois, à quelle échéance va-t-il supplanter le français en Afrique, au vu de l’invasion actuelle ?

Autre exemple, la fille de mon amie fréquente une école internationale dans laquelle l’enseignement est dispensé en anglais. Depuis plusieurs années, elle y apprenait le français avec un professeur … américain ! Cette année, on lui a quasiment imposé d’abandonner les cours de français incompatibles avec des matières plus « importantes ».

 Quant à mon amie, curieuse et désireuse de parler un peu notre langue, elle s’était inscrite à l’Alliance française. Le site annonce toujours fièrement: « Créée en 1968, l’Alliance Française de Chiang Maï enseigne le français à près de 450 étudiants. » Sans plus de précisions, on suppose que c’est le nombre d’étudiants qui s’inscrivent par année. Or, nombre d’entre eux abandonnent très vite. Le groupe dans lequel mon amie se trouvait a fondu de 20 élèves à 5 en l’espace de quelques cours. Le manuel utilisé m’a semblé trop ardu et « intellectuel » pour des débutants. Ce que m’a confirmé l’enseignant, belge d’origine, pourtant motivé et irréprochable, faisant de son mieux avec le matériel mis à sa disposition.

Manuel utilisé aux cours de l’Alliance française à Chiang Maï 

Les faits sont là et ils sont têtus, l’usage de la langue française recule chaque jour un peu plus dans le monde. Et, reconnaissons le, à l’heure de la mondialisation galopante, sa défense paraît tellement désuète qu’elle en devient un combat d’arrière-garde. La messe est dite ! Alors, pourquoi les autorités se gargarisent-elles encore avec des chiffres tout à fait discutables, pour ne pas dire fantaisistes ? Le déclin est-il à ce point inavouable ? Et à quoi sert vraiment la francophonie ? Réponse par le biais d’une petite phrase aussi discrète qu’ambiguë sur le site officiel de « Diplomatie française » : « Contrairement à l’idée reçue, la francophonie ne sert pas seulement à maintenir la présence du français dans le monde. »

 C’est vrai, elle organise aussi tous les 2 ans un sommet fort coûteux qui réunit les chefs d’état de 53 pays dits « francophones ». C’est certes l’occasion de faire une très belle photo de famille. Mais, à quoi bon ?

XIIIème Sommet de la Francophonie à Montreux, 23 et 24 octobre 2010

 (Photo diplomatie.gouv.fr)

Khun Didi

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Responses

  1. Bonjour

    Oui, même constat, lors de notre voyage au Vietnam, quelques rares trop rares rencontres avec des viets parlant le français.
    En revanche, nous avons passé une journée avec un vieux monsieur qui lui parlait le français et nous posait des questions sur notre langue.
    Des questions sur l’imparfait du subjonctif, ou sur l’utilisation du plus-que-parfait ….
    Bien en peine de lui répondre….. MDR
    Alain

    • Bonjour Alain, la prochaine fois, songe à prendre le « Bescherelle » avec toi. 🙂 Merci pour le commentaire!

  2. Bonjour Didier,

    s’agissant du Vietnam, heureusement qu’il y a les bornes kilométriques le long des routes, les baguettes de pain en vente sur les trottoirs … et aussi un certain nombre de signes « bien de chez nous » ci et là, notamment sur certaines façades de maisons de Hanoï, pour nous aider à nous souvenir que ce pays était l’un des fleurons de notre empire colonial… Il y est en effet bien difficile de rencontrer quelqu’un parlant encore la langue française…

    Quand à l’enseignement du français, il n’y a pas que la conjoncture et la place de notre pays dans le monde qui suffisent à expliquer la situation actuelle… Le problème est aussi je crois, « en interne ».
    En premier lieu, au risque de choquer, je pense que la façon même dont on forme nos enseignants en langue française est perfectible. Il suffit de se pencher sur le contenu d’un programme de formation à un master FLE pour comprendre le décalage existant entre ce qui est enseigné … et les besoins pratiques d’étrangers souhaitant apprendre notre langue. A cet égard, très sincèrement, je tire mon chapeau à tous ceux qui préparent ce type de diplôme car j’ai rarement vu un contenu aussi abscons…
    Par ailleurs, en ce qui concerne la diffusion de notre culture, il serait peut être temps qu’on se demande si les programmes de Tv 5 sont vraiment adaptés au public recherché et pédagogiques… J’ai du mal à imaginer que les digressions sémantiques teintées d’humour et destinées à expliciter le sens d’un mot puissent réellement passionner les gens… Quand à la re-re..diffusion de certains films des années 60, ils sentent vraiment la naphtaline… et ne me paraissent pas de nature à présenter la société française d’aujourd’hui.
    Quand à l’action de nos Alliances françaises dans ce domaine, je me garderai bien d’émettre des critiques car je suppose que leurs responsables font ce qu’ils peuvent … avec ce qu’ils ont… et conformément à ce qu’on leur demande… même si je suis intimement persuadé que la seule vraie limite à leur action reste le manque d’imagination…

    On l’aura compris, en matière de rayonnement de la francophonie, mon point de vue est : « Peut mieux faire »…

    • Bonjour Jean-Luc, merci pour ton commentaire! C’est toujours un plaisir d’avoir ton feed-back toujours aussi pertinent. C’est vrai que les méthodes sont certainement à revoir. Comme tu dis, ça sent la naphtaline. Je crois tout simplement que la défense de la langue française n’est pas une priorité pour nos dirigeants. Kouchner proposait même de communiquer en anglais dans les conférences liées à la francophonie. C’est dire… Il est vrai qu’aujourd’hui les communications internationales se font en anglais et qu’il est impératif pour les jeunes générations de le parler. Cela dit, les langues anglaise et française ne sont pas mutuellement exclusives!

  3. Bon sujet, cher Didier !
    J’ai fait la même expérience il y a 4 ans au Vietnam à Dalat où j’ai rencontré un très vieil habitant dont on m’avait dit qu’il aurait plaisir à parler la langue française … et qui ne se souvenait que de 8 -10 mots…
    Dur surtout pour un représentant de la vieille France comme toi, mais en effet la messe est dite ! Et plutôt en mandarin qu’en latin…!
    A plus,
    JP

    • Ah, ah, très drôle, Jean-Pierre, la messe en mandarin plutôt qu’en latin. Et ça rime! Cela dit, je crois qu’on aura plus de peine avec le mandarin qu’on a pu en avoir avec le latin. Finalement, mieux vaut être réaliste que nostalgique. Les temps changent et le monde aussi. Ma langue de travail a été l’anglais pendant de longues années donc j’ai eu le temps de m’y faire. Amen!

  4. Article fort intéressant, ceci dit, le français est l’une des deux langues de travail à l’ONU, l’une des deux langues officielles du Comité international olympique, la seule langue universelle des services postaux et la langue principale de l’Union africaine 🙂

    A+,
    Franckie

    • Tout à fait juste, cher Franckie, mais pour combien de temps encore?


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