Publié par : Khun Didi | 11 juin 2012

Le tourisme médical et ses effets pervers !

Le monde de la médecine n’échappe pas à la mondialisation et nombre de pays émergents proposent des services médicaux à une clientèle internationale et surtout solvable. Dans l’univers de ce qu’il est convenu d’appeler le tourisme médical, la Thaïlande occupe une place de choix.

 D’après le très sérieux journal britannique « The Guardian », le tourisme médical est un business en pleine croissance qui devrait atteindre 100 milliards de dollars en 2012, chiffre appelé à doubler dans les 5 ans. Près de 2 millions d’étrangers auront été  traités en 2012 dans les hôpitaux thaïlandais, un tiers d’entre eux venus dans le pays principalement pour cette raison. Les conditions d’accueil des patients étrangers sont, il est vrai, de premier ordre avec des cliniques privées qui ressemblent plus à des palaces « 5 étoiles » qu’à des hôpitaux. Cerise sur le gâteau, la convalescence s’effectuera dans un environnement exotique et dans des conditions idéales.

 

Chambre à l’hôpital Burumgrad de Bangkok

Au-delà de l’accueil et de l’environnement, la raison première qui pousse les occidentaux à pratiquer le tourisme médical est très clairement financière. Succès oblige, ce comportement est fortement décrié dans les milieux médicaux occidentaux. Ils y voient là une menace sérieuse et un manque à gagner qui va grandissant. Mais c’est une autre raison qu’ils mettent en avant. Ils prétendent que les soins y sont de moindre qualité et les risques plus grands. Vraiment ? Certes, il y a lieu d’être prudent. Toutefois, la qualité des soins dans certains hôpitaux en Thaïlande est d’un très haut niveau avec un nombre croissant de médecins et de chirurgiens formés en occident. Et dans des domaines comme l’orthodontie ou la chirurgie esthétique et reconstructive, la Thaïlande a acquis une réputation mondiale.

 

Et ces mêmes milieux médicaux occidentaux seraient peut-être mieux inspirés de faire leur autocritique. Exemple, la France qui se targue d’avoir un des meilleurs systèmes de santé au monde. Le pays a souffert ces dernières années de quelques scandales retentissants, sang contaminé, hormones de croissance, canicule de l’été 2003, implants mammaires et Mediator. Derrière les façades respectables et les cabinets feutrés d’une profession noble a priori, qu’a-t-on vu ? Collusion, laxisme, lâcheté, petits et grands intérêts des uns ou des autres. Pas tous, fort heureusement !

 Les implants mammaires à base de silicone industriel seraient peut-être encore utilisés si un chirurgien plastique n’était pas parti courageusement en croisade suite aux nombreux cas d’infection. Et puis cette pénible affaire du Mediator n’aurait peut-être jamais été dévoilée sans l’abnégation d’une femme médecin un peu seule face aux errements et à l’omerta du système médical. S’ensuivent alors des procès d’une lenteur exaspérante qui se terminent généralement en eau de boudin et décrédibilisent encore plus et la médecine et la justice.

 Avec l’aimable autorisation de Jardin

(http://hjardin.canalblog.com/)

Cela étant posé, je ne suis pas franchement un adepte du tourisme médical. Mais pas pour les mêmes raisons que les médecins occidentaux. L’association de ces deux termes a priori antinomiques est déjà curieuse en soi. Mais, surtout, le concept que ça recouvre est pour le moins discutable par les déséquilibres qu’il engendre. En effet, les médecins qui officient dans ces palaces médicaux destinés aux étrangers se voient proposer des salaires jusqu’à 10 fois supérieurs à ceux de leurs collègues des hôpitaux publics. Le différentiel est énorme et les conséquences désastreuses, avec des médecins qui fuient les hôpitaux publics et, surtout, les zones rurales et pauvres du pays.

 Publicité sur le site d’un hôpital privé

Les autorités tentent d’y faire face mais l’enjeu est de taille dans un pays où les inégalités villes-campagnes posent déjà problème. D’autant que, dans le même temps, la TAT (Thaïland Tourism Authority) intensifie la promotion du tourisme médical devenu un enjeu économique de première importance pour le pays. Jusqu’à organiser des concours récompensant avec des séjours de rêve les meilleurs blogs en langue anglaise encourageant les touristes médicaux à se rendre en Thaïlande. Bien évidemment, tout le monde ne profitera pas de cette manne!

 Enfin, pour quand même terminer sur une note plus légère, je vous soumets cette question aussi insolite que pragmatique posée sur un forum consacré au tourisme médical : « Quand je suis constipé je vais au Mexique où j’attrape la tourista et ça me débloque. Est-ce considéré comme du tourisme médical ? »

 Khun Didi

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Responses

  1. […] on khundidi.wordpress.com Lien vers ce […]

    • Merci à Web-academy pour le référencement!

  2. Bonjour Didier,
    … légèretés pour légèretés, si j’ose dire… est-ce que les soirées dans un bar de nuit sont assimilées à des psychanalyses et les massages à des séances de kinésithérapie ? Si c’est le cas on peut peut être en demander le remboursement à la C.F.E….
    J.L.

    • Bonjour Jean-Luc,
      Ah, ah, très drôle! Voilà un aspect du tourisme médical qui m’avait échappé. Les bar girls remboursés, je ne suis pas sûr. En revanche, les massages, pourquoi pas? Il en est qui valent largement ce qui se pratique chez certains kinés…


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